Appels à création

Peau de licorne, Nicolas Buffe

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Nicolas Buffe, Grand Prix - Appel à création contemporaine 2010

Un premier Grand Prix emblématique

Grand prix de l'appel à projets 2010 : Peau de licorne, de Nicolas Buffe (né en 1978). Collection Cité internationale de la tapisserie, Aubusson. La maquette est imprimée à partir d’une image numérique (178 cm ht x 127 cm l). La tapisserie est réalisée en laine et soie par l’atelier Patrick Guillot à Aubusson, la tête et les sabots sont en porcelaine de Limoges émaillée par le Centre de Recherche sur les Arts du Feu et de la Terre (CRAFT) de Limoges.

Un style iconoclaste mêlant culture populaire et culture savante

Ses œuvres sont composées de décors empruntés à l’ornement maniériste, baroque ou rococo, mêlés à des personnages issus de la bande dessinée ou de films d’animation. "Assemblant, collant, mixant des figures tirées de la culture populaire et de la culture savante, je procède à des associations les plus éloquentes possibles suivant mon plaisir. Ce dialogue entre passé et présent qui est inscrit profondément au sein de mon travail relève de l’amusement."

L’artiste dessine à la craie blanche sur fond noir, ses compositions envahissent l’espace mural. En 2008 au Musée d’Art Contemporain de Tokyo, il investissait entièrement une salle d’exposition avec près de 200 m2 de surface finement dessinée.

"Enfant, dans les années 1980, l’atmosphère culturelle dans laquelle j’ai baigné était fortement influencée par l’imagerie japonaise des mangas et jeux vidéos d’une part et par l’empreinte laissée par les cartoons américains. En utilisant ces éléments, je fais référence à un vocabulaire qui a une portée très étendue, voire universelle. Je ne touche pas qu’à l’histoire de l’art, mais aussi à l’histoire de l’animation, de la bande dessinée, des jouets."

Nicolas Buffe a le souci constant de construire et de développer une nouvelle manière qu’il met à l’épreuve sur des supports très différents, des architectures, des objets, des jouets: "C’est d’autant plus excitant que les grotesques se tordent à loisir pour s’adapter à n’importe quelle forme choisie."

Peau de licorne : tuer un symbole pour le faire renaître

"Travailler à Aubusson, c’est mettre le doigt sur toute l’histoire de la tapisserie en France et m’inscrire de même dans cette histoire en lui donnant un coup de pied (avec tout le respect que je lui dois...) pour la faire pénétrer dans mon présent et mon plaisir."
La célébrité des deux séries de tapisseries de la Dame à la licorne (tissée à la fin du XVe siècle dans les Flandres et conservée au Musée de Cluny à Paris) et de la Chasse à la licorne (tissée vers 1500 dans les Flandres et conservée au Metropolitan Museum de New-York), est telle que l’animal imaginaire peut être considéré aujourd’hui comme emblématique de la tapisserie.

"J’ai conçu un projet représentant la dépouille de la licorne. Dans ce geste quelque peu iconoclaste de tuer le symbole pour le régénérer, j’espère imprimer la marque d’une nouvelle époque pleine de créations stimulantes pour Aubusson mais aussi pour la tapisserie française." 

Au Bas Moyen Âge, la licorne blanche, telle que nous la connaissons aujourd’hui, apparaît dans les bestiaires comme un symbole du Christ. Nicolas Buffe en faisant référence aux cinq plaies du Christ intègre à son oeuvre le coeur (comme une cible) transpercé par la lance qui a tué l’animal, tout comme Jésus sur la croix. Comme dans la suite de tapisseries de la Chasse à la licorne, les chiens sont nombreux, ils sont représentés ici en pleine course, en référence aux photographies de la chienne Maggie prises en 1887 par Eadweard Muybridge (1830-1904) dans le cadre de son travail sur la décomposition photographique du mouvement.

Artiste français basé à Tokyo depuis 2007 et dont les héros vont de Rabelais à Tex Avery et Orlando Furioso à Super Mario, Nicolas Buffe est le créateur d’un univers protéiforme et pluridisciplinaire mêlant culture érudite et populaire.

Né en 1978, diplômé de l’École des Beaux-Arts de Paris, il fait partie d’une génération naturellement marquée par la culture japonaise, développant depuis l’enfance une passion pour  les anime,  tokusatsu,  manga  et jeux vidéo japonais. Tout au long de ses études, il ajoute à ces références des œuvres classiques du Moyen Age, de la Renaissance et du Baroque, telles que le Songe de Poliphile. Ce métissage d’influences narratives et visuelles est omniprésent dans son travail, principalement basé sur la notion humaniste de Serio Ludere ou jouer sérieusement.

Nicolas Buffe a exposé dans plusieurs lieux d’art contemporain en Europe ou en Asie, notamment La Maison Rouge, Paris (2007), le Musée d’Art Contemporain de Tokyo (2008), le Musée des Arts Décoratifs de Paris (2010) et des foires d’art contemporain en Europe et Asie. En 2014, il a tenu l’exposition personnelle “The Dream of Polifilo” au Musée Hara d’art contemporain de Tokyo. Le Songe de Poliphile est le thème principal de la Nuit Blanche 2016 à laquelle il participe simultanément à Paris et Kyoto. En 2017 se tiennent deux expositions personnelles à l’Hôtel de Ville de Hong Kong à l’occasion du French May, et à K11 Hong Kong.

Nicolas Buffe aime aussi explorer de multiples domaines créatifs : parallèlement à des partenariats avec des institutions culturelles comme la Cité de la Céramique à Sèvres, la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson, le Centre de recherche des arts du feu et de la terre à Limoges, il développe plusieurs collaborations dans les domaines du luxe, de la haute couture et de la mode (Hermès, Comme des Garçons, Pierre Hermé, N2). Nicolas Buffe s’aventure dans l’opéra et se charge à deux reprises pour le Théâtre du Châtelet à Paris de la conception visuelle de costumes et décors pour « Orlando Paladino » de Haydn (prix du syndicat de la critique 2012) et « Il Re Pastore » de Mozart. Il a créé en 2017 sur le thème d’Orphée le rideau de scène du théâtre nouvellement construit « La Seine Musicale » sur l’île Seguin près de Paris. Il a exploré récemment un nouveau territoire en participant au design du projet architectural « Museum Garage » dans le Miami Design District, inauguré en avril 2018.