Dans la tapisserie, la texture est homogène, les fils de trame en laine recouvrent en totalité les fils de chaîne en coton, la grosseur de la chaîne a une influence certaine sur l’aspect de l’ouvrage (finesse ou grosseur du grain, minceur ou épaisseur des côtes).
« La femme, En travaillant elle-même sur le métier, la femme a commencé à prendre conscience que la matière qu’elle croisait et entrecroisait avait une existence propre. [...] Elle découvre que la tapisserie est en fibre : d’où une multiplicité incroyable d’utilisations de toutes les fibres végétales, animales ou artificielles. L’homme utilisait la laine, l’or, la soie, l’argent, parce que ce sont des matières « nobles ». La femme a utilisé le sisal, le crin de cheval, le lin, le chanvre, parce que ce sont des matériaux aux qualités « tactiles », sensuelles, présentes et actives. »
Marie Fréchette, « La femme et la tapisserie contemporaine », Driadi, n° 1, automne 1976.
Dans son opposition entre les visions féminine et masculine, Marie Fréchette compare l’ensemble de l’œuvre de Magdalena Abakanowicz (Varsovie, 1930) à celle de Jean Lurçat.
LES FILS DE CHAINE : LE COTON
La chaîne, fils tendus sur le métier, est généralement en fibres de coton.
Fibre cellulosique – Poils séminaux (graines)
La plante – le cotonnier – de la famille des malvacées existe sous de nombreuses espèces, herbacées, souples et de petite taille. Elle prospère dans des régions tropicales.
Le fruit – capsule – de la grosseur d’une noix dont les parois lignifiées constituent une coque dure. Fruit sec qui s’ouvre seul quand il est mûr. La capsule renferme 32 à 36 graines, petites, brunes, oléagineuses et donne naissance à 2 000 à 7 000 filaments qui forment une boule d’ouate. Plus la fibre est longue, plus la qualité du coton est grande.
La couleur est naturellement jaune pour le cotonnier de la région de Kiangham en Chine, une autre espèce découverte dans les forêts du Brésil donne une couleur rougeâtre. Le coton d’Amérique est blanc.
Une fibre de coton est un poil unicellulaire. La longueur des fibres de coton “longues soies” ou “longues fibres” mesure plus de 30 mm ; le coton “courtes soies” mesure moins de 30 mm. Le diamètre varie de 1/25 mm à 1/45 mm.
Le coton brut contient 90 à 93 % de cellulose. Le reste représente des cires, des graisses, des matières minérales. Le coton brûle très facilement, les résidus sont légers de couleur claire, l’odeur rappelle celle du papier brûlé. Le danger des tissus de coton nécessite de pratiquer l’ignifugeage. La décomposition du coton commence au-dessus de 200°.
Après blanchiment, le coton est très souple. Sa résistance à la traction est suffisante dans la pratique textile. Il supporte des torsions élevées sans rupture, ni affaiblissement. Il a une grande aptitude pour être filé, car les fibres s’accrochent fortement les unes aux autres.
Les fibres peuvent subir de nombreux traitements : blanchiment, teinture, impression, mercerisage, ignifugeage. (Le coton qui n’est pas arrivé à maturité ne prend pas les colorants.)
LES FILS DE TRAME
LA LAINE
Fibre protéinique utilisée principalement en trame.
Le poil de laine est un poil fin, doux, élastique formant la toison des animaux, accompagné par une matière secrétée par la peau, le suint. La qualité de la laine varie suivant le climat, l’élevage, la nourriture des moutons. Le poil est plus ou moins cylindrique, le plus souvent ondulé.
La fibre ronde a une zone extérieure formée de cellules (ou écailles) se chevauchant comme les tuiles d’un toit, la cuticule imperméable à l’eau les recouvre. La présence des écailles donne sa « feutrabilité ». La longueur des fibres est variable suivant l’espèce, la race, l’âge et l’emplacement de la toison. La laine a plus de valeur lorsque son diamètre est faible.
Chimiquement, la laine est composée de molécules de kératine (kératine, famille des protéines) = 50 % carbone, hydrogène, oxygène, azote, soufre. Les chaînes de molécule sont formées de fibrilles regroupées en faisceaux qui constituent une masse cellulaire de forme conique donnant de l’élasticité.
La laine est souple, élastique. Elle reprend ses dimensions initiales après traction et compression. Sa frisure lui donne du gonflant et permet l’isolation.
La laine absorbe l’eau lentement (33 % du poids sec sans paraître mouillée) ainsi que la sueur et l’évaporation lente n’entraîne pas de refroidissement. L’eau et la kératine donnent de la chaleur. Elle a une aptitude au feutrage et par son pouvoir de rétention en eau, elle est anti-salissure. Elle produit peu d’électricité statique et ne prend feu qu’à 600°.
La laine prend merveilleusement la couleur, est résistante aux acides mais sensible aux alcalis.
LA SOIE
Deuxième fibre protéinique employée en trame.
Douce au toucher, absorbant l’humidité extérieure ou corporelle, la soie isole du chaud comme du froid. Elle possède une bonne élasticité et offre un éclat chatoyant incomparable. Ses qualités physico-chimiques lui permettent d’absorber et de fixer durablement les nuances les plus subtiles de la teinture.
Tous les papillons bombyx produisent de la soie, mais le bombyx mori vivant sur le mûrier est le plus réputé. Le cocon, transparent, s’épaissit et devient opaque, de forme ovoïde. Avant l’apparition du papillon, la chrysalide est étouffée au moyen d’air chaud, on trie les cocons et on dévide le fil unique, d’environ 3000 m.
LES FILS D’OR
Utilisés en trame.
Par passage des métaux dans des filières, on obtient un fil métallique. Ces fils sont rarement employés seuls, ils sont mélangés avec des fils de soie, rayonne, etc.
Les fils d’or, d’argent et de cuivre sont employés en tissage pour la fabrication de tissus lamés ou brochés.
Fils lourds, froids, d’entretien difficile mais cet inconvénient disparaît si l’on gaine les fils métalliques d’une fine pellicule de polyester protégeant le métal de l’oxydation.
par Madame Martine PARCINEAU, professeur à l’École nationale supérieure d’Arts, Limoges-Aubusson
