La tapisserie basse-lisse est le résultat d’une collaboration : « Le travail d’équipe est une nécessité. » Cette collaboration, au sens le plus noble et le plus complet du terme, ne s’établit pas toujours sans résistance. « Tout est une question de justes rapports et d’honnêteté, non pas de compétition vaniteuse, mais de respect mutuel pour le plus grand profit d’une œuvre commune, telles ont été les collaborations des ateliers Tabard avec Mathieu Matégot, des ateliers Goubely avec Mario Prassinos et Michel Tourlière, ceux de Legoueix avec Louis-Marie Jullien, de Picaud avec Émile Gilioli (entre autres). » Jean Lurçat
L’artiste propose des maquettes, pures créations artistiques. Elles peuvent être peinture, collage, dessin, photo, etc., aux formats les plus divers. À partir d’une maquette, des essais et recherches de tissage sont entrepris, des dessins préparatoires sont réalisés à l’échelle de la tapisserie pour servir de modèles au carton proprement dit, qui reprendra les traits principaux de la création et retranscrira l’imaginaire de l’artiste.
Le peintre a réappris le langage du lissier, vocabulaire restreint mais riche en variations : le pointillé – armée de points, gros ou petits, rangés à intervalles réguliers ou désordonnés –, la rayure – bandes verticales de toutes dimensions et raies de couleurs variées –, le battage – dans le sens de la trame, la plage colorée s’effile doucement en multiples pointes entre lesquelles s’insère le ton voisin. Il ne s’agit plus à présent d’imiter des tableaux mais d’amener de nouveaux artistes heureux de se plier aux disciplines de ce métier. Nombreux sont ceux qui eurent le goût de faire chanter les laines, Gustave Singier, Alfred Manessier, Ferdinand Springer, Louis Latapie, Pierre Grimm, Roger Chastel ou Serge Férat. (Voir Jean Cassou, Max Damain et Renée Moutard-Uldry, La tapisserie française et les peintres cartonniers, 1957, édition TEL.)
L’association des peintres-cartonniers de tapisserie (A.P.C.T.) est fondée en 1945, sous l’impulsion de Jean Lurçat et Denise Majorel, directrice de la galerie La Demeure. En 1957, Jean Lurçat commence l’exécution d’un ensemble de tentures tissées qui atteindra une surface de 500 m2 sous le titre provisoire La Joie de vivre. Renommée Le Chant du monde, Jean Lurçat considère l’œuvre comme la « table des matières d’une existence ». En la commentant, il fait part de sa collaboration avec les lissiers et rend hommage aux « ouvriers tapissiers de la Creuse ».
Les ouvriers tapissiers de la Creuse, ou lissiers, travaillent dans des ateliers. Ils traduisent un certain nombre de propositions d’artistes et produisent une tapisserie, entrecroisement manuel de deux éléments perpendiculaires (la chaîne et la trame), entrecroisement de rêve et de vécu. Les lissiers sont les porteurs d’un certain contenu poétique.
par Madame Martine PARCINEAU, professeur à l’École nationale supérieure d’Arts, Limoges-Aubusson
